Antibiotiques: 75 % des gens pensent que les individus deviennent résistants
Mots clés : antibiotiques, Antibiorésistance
Par figaro iconSoline Roy – le 17/11/2015
Alors que la résistance aux antibiotiques devient un problème croissant, une enquête menée par l’OMS montre que la population mondiale connaît encore mal le problème et les moyens de lutte.

Alors que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a lancé lundi la première semaine mondiale pour un bon usage des antibiotiques, après l’adoption en mai 2015 par la 68e assemblée mondiale de la santé d’un plan d’action contre la résistance «aux antibiotiques et aux autres médicaments antimicrobiens». Un chiffre révèle l’ampleur de l’ignorance de la population mondiale: 76 % des gens penseraient (à tort) ce sont les individus, et non les bactéries, qui deviennent résistants aux antibiotique. Tel est la conclusion surprenante, et un peu désespérante, d’une enquête menée par l’OMS auprès de 10.000 personnes dans 12 pays (Afrique du Sud, Barbade, Chine, Égypte, Fédération de Russie, Inde, Indonésie, Mexique, Nigeria, Serbie, Soudan et Viet Nam). Malgré un usage parfois très différent d’un pays à l’autre, quelques grandes tendances se dessinent. Revue de fausses idées…

• «Mon voisin est résistant aux antibiotiques, mais pas moi»

76 % des sondés pensent que ce sont les individus qui sont, ou non, résistants aux antibiotiques. Et beaucoup considèrent que seuls ceux qui ne prennent pas correctement pas le traitement qui leur a été prescrit (66 %), ou ceux qui prennent régulièrement des antibiotiques (44 %), courent le risque d’être un jour atteint par une résistance.

Il n’en est rien, rappelle l’OMS: ce sont bel et bien les microbes (les bactéries), et non les êtres humains ou les animaux, qui peuvent devenir résistantes. C’est l’éternelle histoire de l’évolution des espèces: les organismes vivants, lorsqu’ils sont mis en contact avec un agent dangereux pour eux, cherchent des stratégies pour se «défendre» et évoluent. Mais ce phénomène naturel est accéléré par un mauvais usage des antibiotiques, et le découvreur de la pénicilline, Alexander Fleming, s’en alarmait déjà en 1945 : lorsqu’elles y sont confrontées, les bactéries peuvent devenir résistantes et se multiplier (en transmettant leur résistance à leur «descendance») et se propager, par contact (direct ou indirect) avec une personne, un animal, un aliment ou de l’eau contaminée. «N’importe qui peut à tout moment et dans n’importe quel pays être atteint d’une infection résistante aux antibiotiques», précise l’OMS. C’est notamment pour cette raison que les soignants doivent être particulièrement attentifs à l’hygiène: s’ils sont mis en contact avec un patient porteur d’une bactérie résistante, il faut absolument éviter de transmettre cette bactérie à un autre malade, par exemple en négligeant de se laver les mains ou de stériliser un instrument.

• «On soigne un rhume avec des antibiotiques»

Pour 64 % des sondés, rhume et grippe se soignent avec des antibiotiques. En réalité, les premiers sont dus à des virus, alors que les seconds ne combattent que des bactéries. Rien à voir, donc: les antibiotiques sont totalement inefficaces contre les champignons et les virus. Face à certaines affections très fréquentes pour lesquelles il existe des formes virales et des formes bactériennes (par exemple les angines ou les otites), les médecins ont longtemps été encouragés à prescrire des antibiotiques «au cas où», sans réaliser de tests pour connaître l’origine de l’infection. Mais on s’est aperçu que donner des antibiotiques à tort et à travers participait à la résistance de bactéries présentes chez l’individu, mais qui n’étaient pas pathogènes. «Sous la pression d’un banal traitement antibiotique par voie orale, une espèce bactérienne de la flore intestinale peut développer un mécanisme de résistance. La molécule va alors détruire la flore associée et laisser le champ libre à la bactérie résistante pour se développer», explique ainsi l’Inserm.

Désormais, des tests très rapides et faciles d’utilisation permettent dans un certain nombre de cas au médecin, dans son cabinet, de savoir si son patient est infecté par un virus ou par une bactérie et de choisir le traitement adapté.

• «Inutile d’aller au bout du traitement si je me sens mieux»

Un tiers (32 %) des personnes interrogées considèrent que la prise d’antibiotiques peut être interrompue dès lors que le patient se sent mieux et n’a plus de symptômes. C’est au contraire là que se joue le risque de résistance: les bactéries les plus «faibles» ont été éliminées par les doses déjà prises d’antibiotique, mais les plus «solides» subsistent ; elles peuvent alors muter et devenir résistantes, même si elles ne sont plus assez nombreuses dans l’organisme pour produire des symptômes.

• «La science réglera le problème avant qu’il ne soit trop tard»

Plus de la moitié (57 %) des sondés pense ne rien pouvoir faire contre ce problème de santé publique, et 64 % considèrent que la recherche trouvera une solution avant que le problème ne devienne trop grave. Or les découvertes de nouveaux antibiotiques se font de plus en plus rares, et la recherche dans cette classe pharmaceutique est jugée peu attractive par les groupes pharmaceutiques. D’une part, ce sont des médicaments souvent peu chers ; par ailleurs, lorsqu’un nouvel antibiotique est découvert, les autorités sanitaires peuvent décider de le réserver aux infections graves et résistantes, pour éviter qu’une molécule trop utilisée deviennent à son tour vite inefficace. Quant à l’idée de lutter contre les bactéries par d’autres moyens, la recherche émerge (par exemple en utilisant les phages, des virus naturellement «prédateurs» de bactéries), mais personne ne prétend que ces autres voies thérapeutiques pourront remplacer les antibiotiques, dont la puissance est incomparable.

Par ailleurs, inutile d’attendre que le problème devienne «grave»: il l’est déjà. Les infections résistantes aux médicaments seraient à l’origine de 12.500 décès chaque année en France. Le cauchemar des autorités de santé est de voir apparaître une ère «postantibiotiques», ou la moindre petite infection pourrait tuer, comme elles le faisaient couramment et même dans les pays riches avant la découverte de la pénicilline et des premiers antibiotiques. «Pour un nombre croissant d’infections, comme la pneumonie, la tuberculose, la septicémie et la gonorrhée, le traitement est devenu difficile, voire impossible, suite à la perte d’efficacité des antibiotiques», souligne l’OMS.

• «Je ne peux pas faire grand-chose moi-même»

Les malades ont au contraire un vrai rôle à jouer, insiste l’OMS. «Prendre des mesures pour prévenir les infections, comme de se faire vacciner, vous empêchera de tomber malade et réduira vos besoins en antibiotiques», précise l’OMS dans un quizz permettant de tester ses connaissances sur le sujet. De même, une bonne hygiène alimentaire participe de la protection du malade. Et si une maladie se déclare, il est important de ne pas prendre d’antibiotique sans avoir consulté son médecin, pour n’en prendre que si nécessaire, et à dose et durée efficaces. «Dans les pays où les antibiotiques sont délivrés sans ordonnance, l’émergence et la propagation de cette résistance sont encore plus flagrantes», note l’OMS. L’Inserm, de son côté, rappelle que si la majorité des cas de résistance apparaissent à l’hôpital, «des résistances surviennent aussi en ville, au détour d’antibiothérapies «apparemment anodines».

4 Responses so far.

  1. Et pourtant c’est vraie!

  2. Aminata Traoré dit :

    belle initiative, courage

  3. Aminata Traoré dit :

    si l’être humain commence à s’adapter aux antibiotiques, la médecine doit suivre. Les Antibiotiques sont utilisés dans presque tous les traitements.

  4. alassanetraore2 dit :

    la résistance des germes aux antibiotiques constitue un grand danger pour la population qu’il faut contrôler.

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